Vendredi 25 mai 2012
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16:27
C'ÉTAIT une nuit extraordinaire. Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe. Elles étaient en touffes avec des racines
d'or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes Iuisantes de nuit. Jourdan ne pouvait pas dormir. Il se tournait, il se retournait. « Il fait un clair de toute beauté
», se disait-il. Il n'avait jamais vu ça. Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d'osier. Ça n'était pas le
vent. C'était tout simplement le ciel qui descendait jusqu'à toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. Après, il remontait au fond des
hauteurs.
Jourdan réveilla sa femme et lui dit : j'ai envi d'aller labourer entre les amandiers maintenant. Il se leva. Le parquet était froid, le pantalon de velours glacé.
Il y avait des éclats de nuit partout dans la chambre. Dehors on voyait presque comme en plein jour le plateau et la forêt Grémonne. Les étoiles s'éparpillaient partout.
Jourdan descendit à l'étable. Le cheval dormait debout.
" Ah! dit-il, toi tu sais, voilà que tu n'as pas osé te coucher. "
Il ouvrit grand le vantail. Il donnait directement sur le large du champ. Quand on avait vu la lumière de la nuit, comme ça, sans vitre entre elle et les yeux, on
connaissait tout d'un coup la pureté, on s'apercevait que la lumière du fanal, avec son pétrole, était sale, et qu'elle vivait avec du sang charbonné.
Pas de lune, oh! pas de lune. Mais on était comme dessous des braises, malgré ce début d'hiver et le froid. Le ciel sentait la cendre. C'est l'odeur des écorces
d'amandiers et de la forêt sèche.
Il avait enfoncé le tranchant du coutre au commencement du champ. Il y avait tant de lumière qu'on voyait le monde dans sa vraie vérité, non plus décharné de jour
mais engraisé d'ombre et d'une couleur bien plus fine. L'oeil s'en réjouissait. L'apparence des choses n'avait plus de cruauté mais tout racontait une histoire, tout parlait doucement aux sens.
La forêt là-bas était couchée dans le tiède des combes comme une grosse pintade aux plumes luisantes.
" Et, se dit Jourdan, j'aimerais bien qu'il me trouve en train de labourer. "
Et il arriva, celui qui était censé apporter la joie ....... Il se faisait appeler BOBI.
Mais la joie demeurera-t-elle ?
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J'ai volontairement sauté quelques passages afin de vous faire partager mon émotion à la description de la pureté de la nature une nuit d'hiver sur un
plateau des Alpes de Haute Provence.
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